Il est tard. Un homme seul marche d'un bon pas. Sa silhouette est éclairée au rythme des réverbères. Il s'arrête, plonge la main dans la poche de son imperméable, en retire deux papiers, jette le premier par terre et vérifie l'adresse marquée sur le second qu'il replace ensuite dans sa poche. Il repart d'un pas vif puis s'arrête à nouveau au bout de quelques mètres, il revient sur ses pas, ramasse le papier qui traîne par terre et reprend enfin sa marche en gromelant. Depuis que sa femme s'est mise en tête de sauver la planète tout y passe : plus d'emballages non-recyclables, plus de produits de grande consommation, boycotiage total des grands magasins et de tous les produits qui d'une façon ou d'une autre vont nuire ou ont nuit à l'écologie pendant leur conception. Celà l'agace, ces élans citoyens sont bien gentils...pour quelqu'un qui ne travaille pas. Il admire pourtant sa capacité à s'investir dans une cause, lui-même est vaguement intéressé par tout ça, mais il répugne à jouer un rôle plus actif dans ce genre d'association. Pourtant il sait que si le monde doit compter sur des gens comme lui pour s'améliorer, il n'a pas fini d'attendre. Alors secrètement il admire sa femme pour son dévouement même s'il préfèrerait aller sauver lui-même un à un tous les animaux menacés par la mondialisation et autres conneries de l'homme. Pourtant ce soir les pandas attendront, il a une mission, une lettre à remettre. Et cette lettre elle vient de loin. C'est un vieil ami, et par vieil, il faut entendre de longue date mais aussi en référence à l'âge de cet ami. A 94 ans et bientôt 95, Raymond ne pensait même pas atteindre ses 20ans, il faut dire qu'en 1943, en France, il ne faisait pas bon être juif. Pourtant, aujourd'hui citoyen Français à part entière, Raymon coule une retraite heureuse et méritée dans un vieille ferme typique perdue dans la campagne auvergnate. Sa paisible existence a pourtant été perturbée par une femme presque aussi âgée que lui qui en pleine nuit cherchait un endroit pour dormir. Des choses étranges Raymond en a vues dans toute sa vie, pourtant il ne s'attend pas à trouver sur le pas de sa porte, la plus belle femme qu'il eu jamais vue. En la regardant Raymond sait tout de suite qu'il est perdu, comment pourrait-il résister à ce regard, cet air victorieux, ce maintien fier ? Il a donc accueilli cette femme chez lui. Elle voulait disait-elle se reposer un peu avant de reprendre son voyage, une seule nuit, celà serait amplement suffisant, non pas de dîner merci, juste un lit, et pour une seule nuit. Et la nuit en amena bien d'autres. La vieillesse et la fatigue l'empèchèrent de reprendre la route et elle mourut dans la campagne Française, un soir d'automne, alors qu'il faisait encore doux, loin des siens et de son pays en laissant une unique lettre, un prénom et un nom écrits sur une enveloppe. Raymond avait alors fait de son mieux pour retrouver la destinataire de cette lettre et lui remettre. C'était sa façon à lui de noyer sa douleur : dans ses recherches. Et enfin après des jours de recherches il était parvenu jusqu'à un de ses vieux amis. Un jeune garçon qu'il avait rencontré il y a bien longtemps, en Angleterre. Cet ami était dans la police et l'avait beaucoup aidé. Il avait même proposé de remettre lui-même la lettre. Il était comme ça Mark pense Raymond. D'ailleurs ne doit-il pas apporter la lettre ce soir ?
Mark frotte ses mains l'une contre l'autre. Il est devant la maison qu'indique l'adresse. Il prend la lettre soigneusement cachée dans sa poche intérieure et la dépose dans la boîte aux lettres. Puis se hâte de prendre le chemin de sa maison où sa femme doit déjà l'attendre, peut-être même un bon ragoût bien anglais l'attend-il. Les petits doivent déjà être couchés mais il ira leur déposer un baiser sur le front. Il avance de plus en plus vite. Une pluie fine commence à tomber tandis qu'il râle. Au mois de Décembre, à Londres, sortir sans parapluie relève d'un optimisme proche de la bêtise. Pour la forme, il se plaint encore un peu, mais ne peut s'empêcher de sourire. Il ne sait pas bien ce que contient cette enveloppe mais il sait qu'il est question d'amour et après tout c'est le plus important. Alors en s'éloignant, il sourit...
Mark frotte ses mains l'une contre l'autre. Il est devant la maison qu'indique l'adresse. Il prend la lettre soigneusement cachée dans sa poche intérieure et la dépose dans la boîte aux lettres. Puis se hâte de prendre le chemin de sa maison où sa femme doit déjà l'attendre, peut-être même un bon ragoût bien anglais l'attend-il. Les petits doivent déjà être couchés mais il ira leur déposer un baiser sur le front. Il avance de plus en plus vite. Une pluie fine commence à tomber tandis qu'il râle. Au mois de Décembre, à Londres, sortir sans parapluie relève d'un optimisme proche de la bêtise. Pour la forme, il se plaint encore un peu, mais ne peut s'empêcher de sourire. Il ne sait pas bien ce que contient cette enveloppe mais il sait qu'il est question d'amour et après tout c'est le plus important. Alors en s'éloignant, il sourit...


